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« La tentation du SPAC » Chronique Patrimoine / ECO Savoie Mont Blanc – 4 juin 2021

Les SPAC (acronyme de Special Purpose Acquisition Company) sont la nouvelle coqueluche des marchés financiers. En provenance directe de Wall Street, ces véhicules cotés en Bourse ont vocation à lever des fonds pour financer l’acquisition d’entreprises non cotées tenues secrètes dans un délai de deux ans. Créés à l’initiative de stars de la finance ou de milliardaires, les SPAC débarquent en Europe et offrent un nouvel accès aux rendements du Private Equity. Décryptage…

 

Un pari sur les hommes

Après avoir réussi l’introduction en Bourse de 2MX Organic dans le domaine des médias en s’appuyant sur un SPAC, Xavier Niel et Matthieu Pigasse ont installé dans le paysage financier français ce nouveau véhicule d’investissement encore peu connu. Créé spécialement pour lever des capitaux en Bourse, son seul but est de réaliser des acquisitions de sociétés à l’avenir prometteur. Le SPAC n’a donc pas d’actifs et encore moins d’activités, raisons pour lesquelles il est souvent qualifié de « coquille vide ». Lorsque l’investisseur souscrit à ce type d’introduction, il ignore le plus souvent presque tout de la cible convoitée. Autrement dit, il fait un “chèque en blanc” aux fondateurs du SPAC. Comme si, dans une course hippique, on pariait sur le jockey sans connaître sa monture… Autant dire que la réputation des fondateurs d’un SPAC et leur capacité à tenir leurs promesses sont primordiales dans le succès d’une opération. Il est important de miser sur le bon cheval…

L’AMF donne sa bénédiction

Depuis le début de l’année, l’AMF se réjouit de l’augmentation importante du nombre de projets d’introduction de SPAC à la Bourse de Paris. L’occasion pour le régulateur de rappeler qu’il existe un cadre réglementaire et juridique approprié, mais aussi des mécanismes contractuels, pour veiller à la protection des investisseurs. Parmi eux : la mise en place d’un séquestre pour les fonds levés lors de l’introduction en Bourse, la possibilité pour les investisseurs de récupérer ces fonds si l’opération n’a pas lieu ou ne serait pas approuvée par les actionnaires. Ce sont de bonnes mesures même si, rappelons-le, ce type de placement est pour le moment réservé aux investisseurs qualifiés, c’està-dire aux épargnants fortunés ou pouvant démontrer qu’ils ont une bonne connaissance de la finance et de ses risques. Il y a peu de chance, toutefois, que le régulateur ouvre cet outil aux particuliers car il manque cruellement de garde-fous par rapport à une introduction en Bourse classique. Une information réduite a minima et l’absence de due diligence généralement requise et permettant à l’investisseur de mesurer le ratio risques/opportunités de son investissement restent en effet de sérieux freins…

Alternatives

Aucun doute, le SPAC n’est pas un outil adapté à toute la clientèle patrimoniale, celle-ci préférant souvent la lisibilité, la transparence et l’approche à long terme d’un projet entrepreneurial, plutôt que la rapidité et l’opacité d’un véhicule avançant “masqué” tel un snipper. Si le SPAC reste un outil d’introduction en Bourse élitiste et spéculatif à ne pas écarter d’emblée, les investisseurs particuliers plus conservateurs se tourneront plus volontiers vers la voix classique des IPO (comme en témoigne le succès récent rencontré par La Française des Jeux), ou accèderont à cette catégorie d’actifs par l’intermédiaire de fonds de Private Equity ciblant de véritables “pépites” aux fortes perspectives de croissance. Pour choisir la meilleure option, les conseils de professionnels aguerris sont donc plus que jamais indispensables pour ne pas céder à toutes les tentations…

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