Actualités

« Epargne Covid : en quête de sens ? » Chronique Patrimoine / ECO Savoie Mont Blanc – 19 mars 2021

Le surcroît d’épargne constitué par les Français depuis le début de la pandémie est l’objet de toutes les convoitises. Un pactole de 200 milliards d’euros que le gouvernement voudrait orienter vers la consommation et l’investissement pour relancer l’économie. Pour y parvenir, les idées fusent. Les bonnes… comme les moins bonnes.

Contraints et forcés, les Français auraient mis de côté 276 euros par mois en moyenne depuis le début de la crise sanitaire, selon un sondage d’OpinionWay pour Meilleurplacement. com. Le flux d’épargne aura donc doublé par rapport à son rythmede croisière. Cette “manne” pourrait représenter potentiellement 200 milliards d’euros d’ici fin 2021, d’après les calculs de la Banque de France. De quoi exciter les convoitises !

LE BAL DES MAUVAISES IDÉES

La tentation d’aller puiser dans cette épargne prétendument excédentaire est entrée dans l’arène politique : accentuer la fiscalité de l’assurance-vie, instaurer une taxe exceptionnelle dite “Covid”, comme au Brésil, ou restaurer l’ISF pour les plus aisés… : les mauvaises idées ne manquent pas !… Les fantasmes non plus. Remettons en effet en profil quelques chiffres : sur près de 38,5 millions de foyers fiscaux, près de la moitié ne payaient déjà aucun impôt et 10 % en acquittaient près de 70 %. À supposer que le profil d’épargne ait suivi cette distribution, l’immense majorité n’aura donc fait que se constituer un matelas indispensable, et donc « intouchable » en cette période de grande incertitude. Quant à stigmatiser les autres, ce serait contre-productif. Ainsi, Bercy a écarté clairement et définitivement toute taxation, estimant que la confiance des citoyens nécessitait de la stabilité fiscale. Alourdir la fiscalité irait à l’encontre des réformes entreprises au début du quinquennat avec l’instauration de la flat tax sur les produits du capital et la transformation de l’ISF en IFI (impôt sur la fortune immobilière), deux mesures censées redonner de l’attrait à l’investissement dans l’économie réelle. Un peu de cohérence, pour une fois, ne nuit pas.

ALORS DONNER… MAIS À QUEL PRIX ?

Parmi les pistes étudiées par le gouvernement pour réveiller toute cette épargne non productive, celle d’inciter les transferts d’argent vers les jeunes générations – davantage susceptibles de consommer – fait son chemin. C’est une idée simple à mettre en œuvre, en prolongeant et en adaptant un dispositif existant : jusqu’au 30 juin 2021, un parent ou un grand-parent peut en effet déjà donner jusqu’à 100 000 euros à ses enfants ou petits-enfants sans payer d’impôts. La seule condition est que ce soit pour un projet bien défini : construction d’une résidence principale, travaux de rénovation énergétique ou création/développement d’une PME. L’exécutif pourrait sans doute aller plus loin, notamment sur les
conditions d’utilisation.

FINANCER : OUI, MAIS…

Orienter aussi cette épargne vers le financement des entreprises pour soutenir la reprise aurait du sens et des outils existent déjà, comme le plan d’épargne retraite (PER) ou le plan d’épargne en actions (PEA – PEA PME) dont le fonctionnement a été assoupli dans le cadre de la loi Pacte. Ces formules restent cependant un demi-échec, malgré leur ouverture à des solutions plus éthiques (ISR / ESG notamment). On ne fait pas évoluer comme cela la culture du risque ! Pour compléter cette palette de soutien à l’économie nouvelle, Bercy a lancé avec Bpifrance un fonds d’investissement accessible au grand public, lui permettant d’investir dans 1 500 PME et ETI françaises non cotées. Une initiative positive, même si nous militons, depuis plus de dix ans déjà, pour une approche beaucoup plus sélective du Private Equity. Ce genre de “fourre-tout” rompt en effet avec l’exigence essentielle de la sélection drastique et de la gouvernance active des participations. Il risque donc de s’avérer décevant. En ce domaine chargé de sens : beaucoup d’appelés mais peu d’élus…

Les conseils de professionnels aguerris seront donc plus que jamais indispensables pour faire les bons
choix.

Cliquez ici pour lire la Chronique en pdf

  • Télécharger la pièce jointe