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« Trio infernal ? » : Chronique Patrimoine Eco Pays de Savoie N°07-2018

Les comportements ératiques des marchés  se sont encore manifestés en ce début 2018… une occasion en or de décrypter les raisons de l’ampleur de ce phénomène et de mettre en exergue l’impérative nécessité d’une sélection de gestions (très) actives pour défendre vos intérêts !

Nous venons de traverser fin janvier / début février un épisode plutôt tumultueux sur les marchés financiers, rompant avec le long fleuve tranquille des mois précédents, notamment sur les marchés américains dont le parcours tenait de la quasi-ligne droite vers les étoiles depuis près de deux ans, alimenté encore dernièrement par les effets potentiels de la réforme fiscale. Le niveau de volatilité n’avait d’ailleurs jamais été aussi bas, au point d’en faire oublier à nombre d’investisseurs toute notion de risques attachés aux marchés actions.
Un mouvement généralisé de repli d’autant plus déconcertant par son ampleur et sa rapidité (une dizaine de pourcents sur une dizaine de séances) que la communauté économique se prêtait de manière dominante jusqu’alors (et encore) à une analyse positive des perspectives économiques tant au plan global que des annonces de résultats. Que fallait-il alors voir dans ce grand déballage moutonnier ?

 

Pause salutaire

Certes, la nécessité d’une prise de profits après une longue phase de hausse alimentée par des flux acheteurs significatifs est coutumière, le marché se mettant alors en quête de bons prétextes (non sans une certaine schizophrénie) pour justifier alors sa disgrâce. La crainte d’un dérapage à la hausse des taux d’intérêts obligataires aux Etats-Unis (quand bien même envisagé depuis de longs mois), quelques questionnements sur le front de l’inflation ou de l’évolution des devises en furent… ! Mais ceci n’explique pas tout !

 

Amplification

En effet, l’accélération à la baisse a remis en lumière des facteurs techniques avec lesquels il conviendra plus que jamais de composer. Quelques pistes :

D’une part, un grand nombre de fonds développent désormais des techniques de gestion en parité de risques (risk parity), modulant leur exposition non pas linéairement mais en fonction de la VAR (value at risk) ; en clair, dans un contexte peu agité (volatilité faible donc de risque apparent faible) ils peuvent s’engager massivement, ce qui fut le cas ces dernières années dans des proportions atypiques (plus de 100 millliards de USD d’exposition excédentaire sur les seuls marchés actions US). Dès que la volatilité revient (ce fut le cas en janvier), il leur faut replier la voilure très rapidement avec des effets dévastateurs sur les cours.

D’autre part, dans un contexte réglementaire poussant à l’explosion des coûts (contrôles, process de gestion, … ) comme aux problématiques de marges (refonte des modèles de rémunération, nécessité de simplifications…) et d’exigence de liquidité, mais aussi de marchés plutôt porteurs ayant laissé penser qu’il suffisait de suivre passivement certains indices (tels le CAC40) ou secteurs pour exceller, se sont développées de manière exponentielle des gestions sous forme d’ETF – Exchange Traded Funds, fonds de placement cotés en bourse en continu donc achetables ou vendables à tout instant. Pour la grande majorité de ces ETF, il s’agit de fonds répliquant « synthétiquement » un indice aussi exactement que possible notamment par l’emploi de dérivés. Une gestion passive peu mobilisatrice de ressources présentant des frais en apparence attractifs. Ces ETF pèsent aujourd’hui selon de récentes estimations plus de 4200 milliards et accaparent désormais des flux surpassant largement ceux orientés vers les titres en direct ! C’est ici l’envers de la médaille : la combinaison des masses engagées concentrées sur un nombre réduit de valeurs et de leur extrême mobilité du fait de leur liquidité quasi-instantanée, amplifie considérablement les effets de marchés !

Enfin, dans cette ère du « big data », l’explosion du trading haute fréquence -THF permettant l’exécution à grande vitesse de transactions financières décidées statistiquement par application d’algorithmes informatiques (robot advisers), tend à distancier les décisions des fondamentaux de l’économie réelle au profit du seul « momentum » (ou suivi de tendance), amplifiant alors les phénomènes de marchés et donc de volatilité.

Tel semble se dessiner ce nouveau trio infernal.

 

Un avenir en trompe l’oeil

Loin de moi l’idée d’évincer de nos stratégies d’investissements les marchés financiers (taux, devises, actions) mais plutôt de pointer du doigt deux nécessités pour tirer son épingle du jeu :

  • Celle d’aborder avec la plus grande prudence les offres reposant en très large partie sur ces nouvelles martingales, notamment dans le cadre de contrats d’assurance-vie en unités de comptes à la gestion pilotée ou de mandats de gestion. Les désillusions seront nombreuses.
  • Celle d’opérer plus que jamais le distinguo entre gestions passives ou quasi-passives de plus en plus standardisées au grand plaisir des régulateurs (celles de nombreux grands groupes notamment) et actives (celles conduites en expertises et conscience par de vrais gérants « orfèvres » en prise directe à l’économie réelle). L’avenir sera à la sélection intransigeante !

 

PS : Je reviens de Londres, capitale de cette fraicheur de vue et rempart à la standardisation européenne… en cela le Brexit, a du bon !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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