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« Le Père Noël ne passe pas toujours » : Chronique Patrimoine Eco Pays de Savoie N°49-2017

Avec un recul d’une trentaine d’années sur la scène de la Gestion Privée, nous avons vu passer, tout en observant systématiquement une distance raisonnée, les investissements « miracles » les plus divers … mais que de bérézinas ! En aura-t-on tiré des leçons ? Le doute est permis : à l’instar de la mode, certains font aujourd’hui leur grand retour.

A l’heure des rendements obligataires en berne, d’une certaine défiance à l’égard des marchés actions décidément trop techniques et sujets à yoyo ou des opérations de private equity encore élitistes et confidentielles, les placements “atypiques” vivent leurs heures de gloire et séduisent nombre d’épargnants en quête de diversification et d’un rendement “facile” : diamants d’investissement, énergies renouvelables, forêts et bois exotiques, métaux précieux et terres rares, oeuvres d’art, timbres ou manuscrits… L’offre est pléthorique et le ton hâbleur…

Ces placements “coup de coeur” peuvent a priori rassurer par leur aspect concret. Certes. En sus, les
argumentaires développés sont le plus souvent frappés du sceau de l’évidence : ce qui est rare est cher et
la demande étant croissante, qu’attendre d’autre qu’une envolée des prix et, donc, de fortes valorisations
à la clé… Pas de crise possible à l’horizon !

La vie des affaires économiques relayée par de grands médias ne manque d’ailleurs pas de trouver à étayer ces dires, avec pour dernier exemple en date l’incapacité de Volkswagen à trouver un accord sur la fourniture de cobalt (un métal rare) indispensable à la construction des batteries pour les voitures électriques avec les grands producteurs mondiaux que sont Glencore (n° 1 mondial), Huayou Cobalt (chinois), Freeport-McMoran (américain)… ces derniers faisant la loi des prix !

Un peu de lucidité

Mais force est de constater que même si certaines de ces propositions sont honnêtes, nombre d’entre elles n’hésitent pas à afficher des rendements élevés présentés comme « certains », alors que rien ne les garantit, et minimisent plus que conséquemment les risques encourus, qu’ils soient d’illiquidité (ou comment récupérer son argent), de gonflements artificiels des prix sur des marchés souvent très étroits
sur lesquels interviennent des acteurs en nombre limité agissant parfois en collusion (vins, manuscrits…), d’inadéquation des volumes à investir avec la réalité tangible des besoins (solaire…), de piètre qualité des acteurs à la solidité financière douteuse à long terme sans compter parfois l’exotisme de leur localisation laissant porte ouverte à des escroqueries pures et simples. Ponzi n’est jamais très loin !

Triste illustration de ces déboires, et cela pour le coup sans exotisme particulier, l’affaire Aristophil survenue il y a deux ans avec la liquidation de la société de Gérard Lhéritier, véritable Madoff des manuscrits ayant floué, avec la complicité de distributeurs et de “conseillers” tant cupides qu’incompétents, près de 18 000 personnes pour près de 850 millions d’euros. Un dossier qui refait surface en cette fin d’année avec la prochaine dispersion de ces manuscrits et autographes envisagée à Drouot, dont les recettes viendront limiter la casse espérons-le…

Les vecteurs de distribution employés contribuent aussi fortement à la croissance de ces risques, notamment quand il s’agit de sites Internet, de prospections par email ou par téléphone ou de vendeurs ni qualifiés ni scrupuleux pouvant disparaître du jour au lendemain ! Un appel à la vigilance s’impose !

Fin de la récréation

Devant cette déferlante, les pouvoirs de contrôle et de surveillance de l’Autorité des marchés financiers (AMF) ont été renforcés depuis le 17 mai 2017 dans le cadre de la loi Sapin II. S’agissant en effet d’intermédiation en biens divers, toute opération doit désormais se voir attribuer un numéro d’enregistrement avant toute publicité ou démarchage. L’AMF s’attache ainsi à vérifier, notamment, l’organisation de la société, l’honorabilité de ses dirigeants, leurs compétences, leur expérience, mais aussi la présence de garanties suffisantes et adaptées à la nature de l’opération (experts pour la valorisation des biens, assurances…), etc. Pour autant, cette démarche ne garantit pas l’absence de risques.

Dans le cadre de cette quête de transparence (ces informations étant accessibles aux épargnants par Internet), l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) répertorie les acteurs autorisés dans le Registre des agents financiers (REGAFI) et l’AMF met à disposition des épargnants “Épargne Info service” tout en tenant à jour des listes noires des acteurs interdits, régulièrement mises à jour sans pour
autant que l’on puisse prétendre à leur exhaustivité tant il en naît chaque jour. On y dénombre d’ailleurs une kyrielle de sites vantant les mérites éternels du diamant. Éloquent !

Vous restez tentés ? Rappelez-vous que ces Eldorados imposent la plus grande prudence pour les aborder, exigent de s’entourer de conseils avisés, qu’il n’est de rendement sans risques… et que le Père Noël ne passe pas toujours.

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