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« Fonds en euros… prends l’oseille et tire toi ! » Chronique Patrimoine / ECO Savoie Mont Blanc n°48-2019

Bienvenue dans le monde inconnu des taux négatifs. Bienvenue dans un monde où le rendement moyen des fonds en euros se réduit depuis plusieurs années pour atteindre péniblement 1,7 % en 2018 et sans doute beaucoup moins en 2019. Avec un taux d’inflation qui devrait s’établir aux alentours de 1,3 % en 2019, selon l’Insee, il faut se rendre à l’évidence : non seulement les fonds en euros ne rapporteront quasiment plus rien, mais ils ne préserveront même pas le pouvoir d’achat de l’épargne placée. L’ère exceptionnelle d’un produit à la fois garanti, liquide et performant se referme en France. Il est urgent de réagir.

Bras d’excuse de Bercy, le Haut conseil de stabilité financière (HCSF) jugeant les rendements passés des fonds en euros trop élevés au regard des conditions de marché, incite les assureurs à les réduire très sensiblement. Il laisse même présager de possibles interventions dans le but de “geler” les avoirs des épargnants afin de protéger la pérennité des assureurs en cas de rachats massifs. Pour sortir de la nasse, les assureurs, dans un acte de quasi-schizophrénie, cherchent un remède miracle pour freiner les flux entrants tout en préservant les acquis.

CURE DE DÉSINTOXICATION

Freiner la collecte en limitant les entrées ? Utiliser les réserves de performances acquises les années passées comme amortisseurs ? Fermer l’accès en attendant une remontée des taux ? Imposer une part d’unités de compte (UC) sur les versements ? Autant de mesures court-termistes et temporaires déployées par les compagnies d’assurances pour sevrer les accros aux fonds en euros, tenir leurs engagements de garantie en capital et assurer le strict minimum de rémunération. Un pari loin d’être gagné tant les Français ne sont pas prêts à lâcher du lest sur la sécurité et la stabilité de leur épargne. Pourtant, faute de relever le défi d’une réorientation significative de cette dernière, ils prennent le risque de s’appauvrir petit à petit, mais inexorablement. Nous le crions haut et fort depuis des années : continuer à verser sur le fonds en euros, c’est la garantie de ne plus gagner d’argent (voire d’en perdre). Autant dire que la fin du rendement sans risque met en exergue l’impérieuse nécessité de lui trouver des alternatives valables dans ce contexte financier particulier et inédit. Pour le remplacer, il existe plusieurs solutions de contournement pouvant répondre aux objectifs de l’épargnant, sous réserve qu’il accepte une sortie partielle du “tout sécuritaire” au profit d’un peu de risque… la seule option à nos yeux pour obtenir des rendements satisfaisants sur le long terme.

PRISE DE RISQUE

À Bercy, l’occasion est trop belle pour mettre en avant les nouveaux produits de diversification offerts par la récente loi Pacte, à croire qu’il redoute leur échec. En tête de gondole, la version remixée du fonds “euro-croissance” lancé en 2014 sans jamais avoir réussi à convaincre, alors qu’il visait déjà à proposer un juste milieu entre sécurité et rendement potentiel en introduisant notamment une dose d’actifs plus risqués, contrepartie d’une garantie en capital passé un délai minimum de huit ans. Cette prise de risque sera-t-elle mieux comprise et acceptée ? Pas sûr. Autre produit lancé tambour battant par Bercy en octobre dernier, le nouveau plan d’épargne retraite (PER) qui promet monts et merveilles en termes de fiscalité, gestion financière, transférabilité et possibilités de sorties. Si l’enveloppe semble attrayante, le contenu, lui, n’incite pas pour autant une rotation de l’épargne vers des unités de compte, la question d’une alternative aux fonds en euros restant entière. Fausse planche de salut donc. Vous l’aurez compris, tout l’enjeu pour l’épargnant sera d’accepter de prendre du risque, condition sine qua non pour espérer un surplus de rendement. Pour décrypter, interpréter et s’y retrouver parmi la kyrielle de solutions d’investissement disponibles dans le cadre fiscal particulièrement avantageux de l’assurance-vie (fond diversifiés, fonds structurés…), voire du PER, les conseils de professionnels du patrimoine semblent indispensables.

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