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« Ni vu, ni connu » – Chronique Patrimoine / ECO Savoie Mont Blanc – Février 2020

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Merci Bercy. Pour pouvoir faire face au choc des taux d’intérêt bas, voire négatifs, et donc pouvoir respecter leurs marges de solvabilité, les assureurs-vie ont demandé à pouvoir comptabiliser les provisions pour participation aux bénéficies, les fameuses “PPB”, dans leurs fonds propres. Ils ont obtenu gain de cause. Décidément, le lobby des assureurs est plus influent que celui des épargnants. Explications.

TOUR DE PASSE-PASSE

Cette mesure porte un nouveau coup de canif à la sanctuarisation des réserves pour les assurés. Car rappelons-le, la PPB, véritable trésor de guerre, est propriété intégrale des assurés et non de l’assureur. Ces réserves accumulées pendant les périodes de vaches grasses pour la gestion des fonds en euros permettent, par une redistribution progressive (et stratégique) savamment orchestrée, de lisser les rémunérations offertes années après années et d’amortir les incidences en cas de baisse significative des rendements sur les marchés financiers. Cependant, les assureurs ne sont pas obligés de distribuer immédiatement ces bénéfices mis en réserve, ils ont huit ans pour le faire. La PPB est donc un précieux bas de laine destiné in fine aux épargnants.
On perçoit d’ailleurs aujourd’hui toute l’utilité de cet effet parachute à l’heure où les taux d’intérêts sur les marchés poursuivent leur descente aux enfers, même si Bercy a très fermement sommé les assureurs cette fin 2019 de faire preuve de tempérance dans leurs bonifications tant les rendements distribués s’écartent des réalités financières de leur gestion. Conséquence malgré tout : certains assureurs, notamment de la sphère bancaire, ont servi pour la première fois des rendements inférieurs à 1 % !
Donc, au lieu de s’acquitter de leurs obligations pour satisfaire à leurs exigences réglementaires de fonds propres lorsque la conjoncture l’impose, et notamment de réduire leurs dividendes ou de fâcher leurs actionnaires dilués par des augmentations de capital nouvelles, les compagnies d’assurance ont réalisé ici un véritable tour de passe-passe sur le dos de leurs clients en obtenant de l’État, non sans contrepartie, de pouvoir comptabiliser dans leur ratio prudentiel ce qui fondamentalement ne leur appartenait pas ! Un peu comme si votre solvabilité prenait désormais en compte celle de votre voisin…
Une telle manœuvre peut s’apparenter à un pied de nez au respect des règles de partage définies par le contrat d’assurance-vie et au strict intérêt des clients que l’essentiel de la réglementation vise à protéger.
Face à la controverse, le législateur et les assureurs ont promis qu’il n’y aurait pas d’incidence sur les droits des épargnants. On a du mal à y croire tant cette mesure risque d’inciter les compagnies à renforcer leur PPB au détriment d’une redistribution de ces réserves aux assurés. Vous l’aurez compris, les assureurs sont (vraiment) prêts à tout pour garantir leur bonne santé financière et celles de leurs actionnaires, même à faire payer aux épargnants leur risque de solvabilité.

PARADOXES

Prises en tenaille entre des taux d’intérêt durablement bas, leur solvabilité et leur rentabilité, les compagnies d’assurance-vie font face à des contradictions intrinsèques. Elles n’ont ainsi aucun intérêt à collecter sur les fonds en euros du fait de l’impact sur leur solvabilité, pas plus qu’elles n’ont intérêt à encourager des sorties massives aux incidences catastrophiques. Toute la difficulté est donc d’orienter en douceur les assurés vers d’autres supports, notamment les unités de compte (UC).
Pour cela, elles sortent le grand jeu afin de dissuader les récalcitrants et de réorienter les nouveaux épargnants : baisse des taux servis et pénalités de sortie sur les fonds euros, exigence d’une quote-part d’UC significative pour accéder aux fonds en euros… En vain. Avec plus de 100 milliards d’euros de collecte nouvelle drainés en 2019, les fonds en euros restent toujours les champions de l’épargne française. Illusion de sécurité… quand tu nous tiens !
Pourtant, la cause est entendue, quiconque souhaite valoriser son assurance-vie doit introduire une dose d’UC dans son contrat, donc un certain risque. Reste à faire les choix les mieux adaptés à son profil. Pour cela, les conseils de professionnels du patrimoine et de l’investissement restent plus que jamais indispensables.

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